Il y a deux semaines, j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer Jeanne Benameur à la librairie Grangier de Dijon: c'est un moment particulier qui ne m'a pas laissé indifférente. J'aime beaucoup l'écriture de Jeanne Benameur que je connaissais plus à travers la littérature jeunesse. Elle venait nous présenter son dernier livre "Laver les ombres" mais j'ai eu l'impression d'une rencontre vraiment privilégiée du fait que nous n'étions qu'une dizaine autour d'elle. D'une façon très simple mais à la fois profonde et avec beaucoup d'émotion, elle nous a dévoilé quelques lignes personnelles de son roman et sa façon de travailler.
Ce texte est construit autour de trois personnages et plusieurs petits tableaux rétrospectifs: Léa, Bruno, Romilda.
Eva aime "bouger" et ne vit qu'à travers sa passion la danse qui s'impose à elle en une discipline sévère et exigante : elle travaille beaucoup en rêvant à sa future chorégraphie qui lui tient très à coeur. Toute sa vie est un rythme, chaque geste est une danse. Elle vit ainsi et ne peut faire autrement.
C'est aussi l'histoire de Bruno artiste peintre, et qui contrairement à la jeune fille , vit dans l'immobilité et rêve de faire le portrait de la femme qu'il aime: Eva.
Eva se demande si elle va accepter car elle aime aussi Bruno et voudrait par amour, lui faire plaisir mais accepter de poser, de se dévoiler et de rester dans l'immobilité est pour elle impossible. Elle accepte pourtant cette épreuve et s'offre au regard du peintre.
"Dans la vie ajoute Jeanne Bennameur il nous arrive parfois des moments où l'on sait qu'on ne doit pas dire ni faire certaines choses qui s'imposent à nous mais on ne peut pas faire autrement, on sait qu'on ne doit pas le faire mais on le fait quand même! "
C'est ce qui arrive à Eva; elle craque et quelque chose de très profond la dérange; elle ne supporte pas le moment qu'elle est en train de vivre, elle claque la porte de l'atelier du peintre.
Bruno est désespéré car il ne comprend pas l'emportement et l'attitude de la femme qu'il aime et qui était totalement différente à la minute précédente.
Eva part retrouver Romilda. Romilda est une vieille dame et la maman d'Eva. Contrairement à sa fille qui mène une vie tournée vers le spectacle et la danse cette dernière ne sort plus, ne voit pratiquement personne et se contente de cette vie chez elle. Romilda attend Eva et la jeune femme sent qu'elle a besoin d'aller retrouver la vieille dame qui a quelque chose de très important à lui révéler: il lui faut laver les ombres! La suite, je ne la dévoilerai pas mais ce sont de beaux et particuliers portraits de femme et un témoignage bouleversant. L'amour d'une maman qui a tout donné pour son enfant malgré une vie dont on imagine pas qu'elle fut possible et les retrouvaille d'Eva avec sa maman. Eva qui peut enfin combler cette part de vide. Elle peut alors accomplir pleinement son oeuvre et réaliser la chorégraphie de ses rêves.
L'écriture de Jeanne Benameur est très épurée et très profonde à la fois, elle reste fidèle a un style d'écriture que j'aime particulièrement et elle nous a confié avoir mis sept années à écrire ce roman. Pour elle, l'écriture est un souffle, un rythme, c'est physique et c'est comme une musique intérieure. Ses séances de travail sont intenses mais elle veut laisser l'imagination au lecteur tout en se voulant proche. Elle aime énormément le silence et l'écoute, et lit également beaucoup.
"Lorsque je lis nous confiera t-elle c'est une ouverture à l'humanité et lorsque je rencontre mes lecteurs pour moi c'est la suite de la littérature, pour que la vie puisse passer."
Jeanne Benameur nous a également lu un passage de son livre puis expliqué son parcours en littérature jeunesse, confié ses projets futurs et ses goûts littéraires: elle nous a gentiement offert une liste de ses livres préférés. Elle parle de "textes" et non pas de roman, pour faire la différence avec l'abondante littérature dont nous sommes abreuvés de toute part, de vrais textes peu connus du public. Je suis repartie avec une magnifique dédicace où c'est elle, qui me remerciait d'avoir pris le temps de venir l'écouter et de prendre part à ce partage. J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir lui poser des questions plus personnelles à propos de l'écriture en littérature enfant. Je garderai vraiment un beau souvenir de son passage à Dijon. J'ai donc "dévoré" ce texte et mon approche de lecture a été totalement différente car je me suis arrêtée sur certains passages qu'elle nous avait souligné. La danse, le corps, sa représention créent un fil conducteur et les mots offrent une note très sensible. J'ai beaucoup aimé et je continuerai de découvrir l'oeuvre de cet auteur qui apporte un message à travers la transmission et les mots qui délivrent.
est née en 1962 au Japon. Elle
découvre le pouvoir des mots grâce à la lecture du Journal d'Anne Frank lorqu'elle avait 13 ans. Elle étudie à l 'université de Tokyo et obtint son diplôme de littérature en 1984.
Quatre ans plus tard elle se fait remarquer par la publication de son premier roman "